L’expression culturelle

Dans le fond, un masque n’est pas si différent d’une musique, d’un poème ou même d’un film. Chaque création quelque soit sa forme, émane d’une vision du monde bien spécifique: celui qui ressent la vie en termes d’images pourra s’il le souhaite restituer sa vision du monde à travers une peinture, une photographie ou un dessin, pour le moins bien sûr que le porteur ou la porteuse du message soit véritablement conscient de lui même ou d’elle même. L’art peut être un moyen de mieux se comprendre et de mieux appréhender son rapport au monde dans lequel on vit. Celui qui ressent le monde davantage en termes de sensations corporelles et de localisation dans l’espace, s’exprimera pourquoi pas à travers une danse chorégraphiée, car il y a bien un langage du corps, un langage qui évidemment peut être partagé et qui de surcroît, peut nous relier aux autres. En définitive toute expression, qu’elle soit plastique, corporelle, aromatique, artisanale, littéraire ou verbale, est porteuse d’histoire, d’émotion, de sens. Plus on s’exerce à donner un sens positif à son expression, plus on s’élève en élevant la société. Un parfum peut véhiculer une émotion au même titre qu’une symphonie, pour le moins bien sûr que l’on soit sensible aux odeurs ou à la musique. On comprend donc qu’il y a une infinité de façons d’exprimer notre rapport au monde, une infinité de langages : évidemment, si on ne connaît pas la grammaire d’une langue, ni son contexte d’utilisation, ni sa syntaxe ou son vocabulaire, alors on sera incapable non seulement de transmettre, mais aussi de comprendre et de ressentir les messages que cette langue est capable de véhiculer.

 

S’agissant de la culture ancestrale, il me semble qu’une relique émane d’une vision spirituelle du monde: une relique demande à être perçue avec les yeux de l’esprit, du cœur. Il ne s’agit pas simplement d’apprécier un objet pour sa plastique, mais de saisir le message caché derrière la forme. Pour ça, il faut savoir faire preuve d’ouverture d’esprit, accepter de taire le mental, ce mental chargé d’idées préconçues sur le monde, qui trop souvent nous fait nous égarer dans de vaines abstractions intellectuelles. Plus on s’abandonne à la contemplation d’un masque, plus des portes s’ouvrent en nous, des portes qui nous amènent jusque dans des recoins inespérés de notre propre conscience, tout « simplement » parce qu’en se prêtant à une telle activité nous faisons appel à de toutes autres connexions neuronales, des connexions différentes de celles qui se produisent lorsque nous nous adonnons à des activités purement intellectuelles. L’art élargit donc notre conscience, en nous amenant par exemple à « voir des sons » ou à « entendre des images » : c’est là d’ailleurs que réside la magie du cinéma.

 

Il serait grave de croire que la culture africaine n’est qu’un vain folklore. Un masque encapsule l’inconscient collectif d’un peuple, il cristallise un imaginaire partagé par une communauté de personnes depuis la nuit des temps, un imaginaire sans cesse renouvelé et capable de nous relier à un réservoir infini et universel de sagesse, pour le moins que cette culture soit un désir sincèrement partagé et activement enrichi par tout un chacun. Un masque peut encapsuler des notions de symétrie, d’équilibre, de polarités féminines et masculines ou encore de justice. Par ailleurs les rites ancestraux, à travers la musique et la danse, sont eux aussi des moyens structurés d’évoquer les forces qui déterminent l’individu, la société et le cosmos. À force de croire que l’intelligence ne relevait que du domaine de l’intellect, de la raison pure, nous nous sommes coupés d’enseignements sacrés que nos ancêtres avaient réussis à encapsuler dans des créations et des rituels porteurs de sens, des rituels symboliquement codifiés. Heureusement, même si son expression ne l’est pas, l’essence de la culture elle, est en revanche éternelle. À nous de réinvoquer cette essence, de lui trouver des formes contemporaines, capables de parler à tout un chacun et de faire à nouveau circuler les flux sémantiques porteurs des connaissances transgénérationnelles nécessaires à l’émancipation de tout un chacun, au maintient de l’équilibre avec la nature et au vivre ensemble. Il faut donc encourager la culture, encourager celles et ceux qui s’efforcent de saisir les enjeux fondamentaux de notre époque pour ensuite les traduire en des formes, des couleurs, des sons, des gestes ou des mythes, de façon à réinjecter du sens dans une société en perte de repères.

Pour en savoir plus sur le masque présenté en introduction :
https://www.masque-africain.com/masques-africains-art.html

© 2017, David Mboussou. Tous droits réservés. Publié sur : www.davidmboussou.com

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