
La première sélection d’un film compte toujours.
Parce qu’elle marque un point de départ, mais aussi parce qu’elle dit quelque chose de la manière dont le film est perçu, compris et accueilli.
Pour Afrotōpia, cette première sélection a eu lieu à Auroville, dans le cadre du Auroville Film Festival, au sein de la catégorie Human Unity.
C’est cette combinaison précise, le lieu et la catégorie, qui m’a donné envie d’écrire cet article.
Sur le moment, j’ai accueilli cette nouvelle avec curiosité. Je me suis demandé ce que cette sélection pouvait dire du film, mais aussi du lieu qui l’accueillait, et de la nature même de ce que raconte Afrotōpia.
Auroville, un lieu qui interroge nos modes de vie

Auroville est une ville expérimentale fondée à la fin des années 1960 en Inde.
Son projet est simple à formuler, mais exigeant à mettre en œuvre : rassembler des personnes venues du monde entier pour expérimenter d’autres manières de vivre ensemble, au-delà des appartenances nationales, religieuses ou culturelles.
Auroville n’est ni un modèle idéal ni une utopie figée.
C’est un lieu de recherche concret, parfois fragile, parfois contradictoire, où les habitants questionnent leur rapport à la consommation, à la nature, au collectif, au temps et au sens donné à la vie quotidienne.
Ce qui m’intéresse ici n’est pas l’image d’un lieu parfait, mais l’existence même d’un espace qui accepte de remettre en question le statu quo et d’explorer d’autres possibles.
De quoi parle Afrotōpia
Afrotōpia raconte l’histoire d’un jeune artiste dont le père, exploitant forestier, projette d’exploiter une forêt sacrée.
Une forêt habitée par des communautés vivant en relation étroite avec cet environnement, où la nature n’est pas perçue comme une simple ressource, mais comme un espace vivant, porteur de sens et de liens invisibles.
Le film s’inspire des peuples de la forêt au Gabon et, plus largement, des peuples dits « racines ».
Il ne s’agit pas de les idéaliser ni de les figer dans une vision folklorique, mais de s’interroger sur ce que leurs rapports au monde, à la nature et à l’invisible peuvent encore nous apprendre aujourd’hui.

Peuples racines et crises contemporaines
Nous traversons une période marquée par des crises multiples.
Crise écologique.
Crise économique.
Crise du lien social.
Crise du sens.
Ces crises ont un point commun : une rupture progressive de notre relation au vivant, aux autres et à ce qui dépasse l’individu.
Les peuples connectés à la forêt rappellent une autre manière d’habiter le monde, fondée sur l’interdépendance, la transmission et la responsabilité collective sur le long terme.
Ce sont des savoirs et des pratiques qui ne relèvent pas du passé, mais qui peuvent nourrir des réflexions très actuelles sur nos modes de vie, nos choix économiques et notre rapport à la planète.
Une résonance évidente
Dans ce contexte, la sélection d’Afrotōpia à Auroville m’a semblé cohérente.
D’un côté, un film qui interroge notre rapport au vivant, à la mémoire et à l’invisible.
De l’autre, un lieu qui cherche, concrètement, à expérimenter des formes de vie plus conscientes de ces enjeux.
Cette rencontre ne résout rien à elle seule.
Mais elle met en lumière une même préoccupation : comment repenser nos manières de vivre, individuellement et collectivement, dans un monde en crise.
Une première étape
Je suis heureux que cette première sélection ait eu lieu dans ce cadre.
Non comme un aboutissement, mais comme une étape qui confirme la pertinence des questions posées par le film.
À travers Afrotōpia, mon intention reste la même : ouvrir un espace de réflexion sur nos héritages, nos choix et nos responsabilités, et contribuer, par le cinéma, à nourrir un dialogue plus large sur la manière dont nous voulons habiter le monde.
Bande-annonce d’Afrotōpia : https://www.youtube.com/watch?v=rs0PcWQz5jQ
@aurovillefilmfestival
https://aurovillefilmfestival.in/catalogue-human-unity-films-2026/
Afrotōpia in Auroville, Human Unity, and the meaning of a first selection
A film’s first selection always matters.
Because it marks a starting point, but also because it says something about how the film is perceived, understood, and received.
For Afrotōpia, this first selection took place in Auroville, as part of the Auroville Film Festival, in the Human Unitycategory.
It is this specific combination (the place and the category) that motivated me to write this article.
At the time, I received the news with curiosity. I wondered what this selection might say about the film itself, but also about the place that was welcoming it, and about the deeper nature of what Afrotōpia is really engaging with.
Auroville, a place that questions our ways of living
Auroville is an experimental township founded in the late 1960s in India.
Its project is simple to formulate, yet demanding to put into practice: to bring together people from all over the world in order to experiment with different ways of living together, beyond national, religious, and cultural affiliations.
Auroville is neither an ideal model nor a fixed utopia.
It is a living research space, sometimes fragile and sometimes contradictory, where residents question their relationship to consumption, nature, community, time, and the meaning given to everyday life.
What matters to me here is not the image of a perfect place, but the very existence of a space willing to challenge the status quo and explore other possibilities.
What Afrotōpia is about
Afrotōpia tells the story of a young artist whose father, a logging entrepreneur, plans to exploit a sacred forest.
A forest inhabited by communities living in close relationship with this environment, where nature is not perceived as a mere resource, but as a living space, carrying meaning and invisible connections.
The film is inspired by forest peoples in Gabon and, more broadly, by so-called “root” or Indigenous peoples.
The aim is neither to idealize them nor to reduce them to folklore, but to question what their relationship to the world, to nature, and to the invisible can still teach us today.
Indigenous peoples and contemporary crises
We are living through a period marked by multiple crises.
An ecological crisis.
An economic crisis.
A social and relational crisis.
A crisis of meaning.
These crises share a common root: a progressive rupture in our relationship to the living world, to others, and to what lies beyond the individual.
Forest-connected peoples remind us of another way of inhabiting the world, based on interdependence, transmission, and long-term collective responsibility.
These forms of knowledge and practice do not belong to the past. They can meaningfully inform contemporary reflections on our ways of living, our economic choices, and our relationship to the planet.
A clear resonance
In this context, the selection of Afrotōpia in Auroville felt coherent.
On one side, a film that questions our relationship to the living world, to memory, and to the invisible.
On the other, a place that seeks, in concrete terms, to experiment with ways of living that are more conscious of these issues.
This encounter does not resolve anything on its own.
But it highlights a shared concern: how to rethink the ways we live, individually and collectively, in a world facing multiple crises.
A first step
I am glad that this first selection took place in such a context.
Not as an achievement, but as a step that confirms the relevance of the questions raised by the film.
Through Afrotōpia, my intention remains the same: to open a space for reflection on our inheritances, our choices, and our responsibilities, and to contribute, through cinema, to a broader dialogue about how we want to inhabit the world.
@aurovillefilmfestival
https://aurovillefilmfestival.in/catalogue-human-unity-films-2026/