J’ai longtemps souffert d’anxiété. Douleurs intercostales, tachycardie, tensions diffuses. À tel point que la peur d’une maladie grave finissait par s’installer. Ce qui était le plus difficile, ce n’était pas seulement la douleur, mais l’interprétation constante que mon mental en faisait.

L’une de mes plus grandes fiertés est d’avoir réussi à me libérer de ces douleurs intercostales. Non pas en les combattant, mais en apprenant à les écouter.

La méditation a été un tournant. Très simplement : arrêter d’alimenter le flux incessant de pensées. Porter attention au souffle. Aux sensations corporelles. Moi qui ai toujours eu un profil très cérébral, avec une hyperactivité mentale marquée, j’ai commencé à percevoir concrètement le lien entre pensées, émotions et corps.

Cette prise de conscience s’est approfondie lorsque j’ai découvert le Bwiti. Le Bwiti est un rite initiatique du Gabon, hérité notamment des peuples Babongo et bantous. Il est associé à une plante considérée comme sacrée : l’Iboga.

Il est souvent dit, non sans humour au Gabon, que la plante qui permet au personnage de Black Panther de voyager dans le monde des ancêtres serait l’Iboga.

Je précise clairement qu’il ne s’agit en aucun cas d’une incitation à la consommation. L’Iboga est classée comme stupéfiant dans plusieurs pays, dont la France, et son usage est strictement encadré dans son contexte traditionnel.

Me concernant, ma démarche était d’abord culturelle. Une volonté de réappropriation. Comprendre les cultures racines de ma terre natale. J’avais notamment été marqué par des documentaires et lectures cette expérience initiatique.

Ce qui m’intriguait n’était pas l’aspect spectaculaire, mais ce qui était décrit comme une forme de confrontation profonde avec soi-même. Une exploration de l’inconscient personnel et collectif. Une possibilité de voir ce qui, en nous, fait obstacle à notre épanouissement. Ce cadre initiatique m’a appris une chose essentielle : ne plus fuir les signaux du corps.

Avec le temps, je me suis intéressé à la question des traumatismes. Comment des blessures émotionnelles peuvent s’inscrire dans le corps. Comment certaines peurs – peur du rejet, peur de manquer, besoin de reconnaissance – conditionnent nos comportements de manière inconsciente. Comment elles peuvent générer des tensions physiques, voire des douleurs chroniques.

Le plus grand luxe que j’ai eu dans ma vie, c’est le temps. Le temps d’observer ces mécanismes. Le temps d’identifier les réflexes de contrôle. Le temps d’apprendre à rester avec l’inconfort au lieu de le fuir.

J’ai découvert quelque chose de simple et exigeant : si l’on s’assoit avec soi-même, si l’on accueille les sensations, même inconfortables, sans les nourrir par le récit mental, une forme de détente émerge. Le moment présent devient habitable.

C’est ce que j’appelle retrouver “le goût du temps long”. Le goût d’une forme d’éternité dans l’instant.

Mon film Afrotōpia explore ce rapport au monde. Avant même d’être un film sur l’écologie ou la mémoire coloniale, il parle du retour à soi. Du moment où l’on cesse de projeter la solution à l’extérieur et où l’on accepte d’examiner les blessures que l’on porte, parfois héritées des générations précédentes.

Afrotōpia aborde la question du trauma intergénérationnel et montre comment, dans son cadre traditionnel, le Bwiti propose un espace d’introspection et de réintégration. Non pas une fuite mystique, mais une manière de réapprendre à habiter son corps, sa communauté, son environnement.

Ce que l’on a longtemps appelé “animisme” de manière péjorative est en réalité une reconnaissance du caractère spirituel de l’expérience corporelle. Une compréhension du lien entre l’individu et son milieu. Une écologie vécue, incarnée.

Cette sagesse vient de peuples reliés à la forêt. La forêt oblige au lâcher-prise. Elle impose l’humilité. Elle réinscrit l’homme dans un système plus vaste que lui.

Si vous souhaitez organiser une projection d’Afrotōpia suivie d’un débat autour de ces questions – trauma, écologie intérieure, transmission culturelle, rapport au corps – vous pouvez me contacter via

https://www.mavikanaproductions.com

Présentation du film Afrotōpia :

Bande-annonce d’Afrotōpia :

Laisser un commentaire