J’ai longtemps pensé que créer consistait avant tout à imaginer, planifier, puis exécuter. Cette approche repose sur une capacité essentielle du cerveau : anticiper, projeter, organiser. Mais avec le temps, j’ai réalisé que cette activité mentale permanente crée aussi une distance avec l’expérience elle-même. On pense ce que l’on fait, sans toujours être pleinement là pendant qu’on le fait.
Être présent est plus difficile qu’il n’y paraît. Le cerveau est naturellement orienté vers l’anticipation. Il cherche à prévoir, à contrôler, à réduire l’incertitude. C’est un mécanisme utile, mais qui peut aussi nous éloigner de l’instant réel, de ce qui est concrètement en train de se passer dans le corps, dans l’espace, et dans la relation aux autres.
J’ai commencé à prendre conscience de cela en portant simplement attention aux sensations physiques. Le corps est toujours dans le présent. Mais l’attention, elle, ne l’est pas toujours. Elle oscille entre passé et futur. Revenir à l’expérience directe demande un effort. Cela demande de renoncer, au moins temporairement, au besoin de tout anticiper.
Ma rencontre avec le Bwiti, une tradition initiatique originaire du Gabon à laquelle il est fait référence dans Afrotōpia, m’a permis d’observer ce même défi dans un cadre collectif. Le rythme, la danse, la répétition, créent des conditions qui obligent à être là. Pas dans ses pensées, mais dans son corps, dans le mouvement, dans la relation.
Cette compréhension a profondément influencé ma manière de faire du cinéma.
Le tournage d’Afrotōpia n’a pas été un processus parfaitement maîtrisé. Il y avait des imprévus, des contraintes, des moments de doute. Et justement, c’est dans ces moments que le défi devenait clair : rester présent, continuer à agir, à observer, à ajuster, sans se perdre dans des projections mentales.
Faire un film engage tout à la fois : le regard, l’écoute, la coordination, la prise de décision, la relation aux autres. Cela mobilise le corps, l’attention et l’intelligence en même temps. C’est exigeant, mais aussi profondément stimulant. Parce que dans ces moments, l’attention cesse d’être abstraite. Elle devient concrète. Elle s’inscrit dans l’action.
Ce film porte la trace de ce processus. Celui dans lequel il ne s’agit pas de tout contrôler, mais de rester présent suffisamment longtemps dans l’espace des interactions humaines, pour que quelque chose de réel puisse naître de cette pratique collective.
Pour découvrir Afrotōpia, mais aussi engager un dialogue autour des réalités culturelles, humaines et écologiques qu’il explore, et organiser des projections-débats au sein de vos institutions, communautés ou lieux culturels, je vous invite à me contacter via www.mavikanaproductions.com
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